Comprendre l’hyperacousie

Comprendre l'hyperacousie

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Dernière mise à jour : juillet 2026.

L’hyperacousie (du grec hyper- « excessif » et akousis « audition ») est définie comme une diminution de la tolérance aux sons qui sont perçus comme normaux par la majorité de la population ou qui étaient perçus comme tels par la personne avant l’apparition de l’hyperacousie (Adams et al., 2020). Sur le plan symptomatique, on distingue l’hyperacousie d’intensité et l’hyperacousie douloureuse

Le terme hyperacousie constitue un terme générique : il ne désigne pas une affection unique, mais un ensemble de troubles apparentés ayant en commun une intolérance aux sons, tout en différant par leurs causes, mécanismes , symptômes et comorbidités. Les différents sous-types seront abordés dans cette section, bien que des recherches supplémentaires soient encore nécessaires afin de mieux les définir et les caractériser (voir la section recommandations et priorités de recherche). 

L’hyperacousie ne doit pas être confondue avec l’hypoacousie, qui correspond à une diminution de la capacité auditive, allant d’une perte auditive légère à une surdité complète. Elle se distingue également de la misophonie, caractérisée par une réaction émotionnelle négative déclenchée par certains sons spécifiques (par exemple la mastication ou la respiration), ainsi que de la phonophobie, qui désigne une peur excessive ou injustifiée des bruits. Différentes formes de sensibilité aux sons peuvent néanmoins se chevaucher chez certains individus (Williams et al., 2021; The Hyperacusis and Misophonia Book). 

L’hyperacousie doit également être distinguée de la sensibilité au bruit. Henry et al. (2022) décrivent cette dernière comme « une réactivité accrue aux sons pouvant s’accompagner d’un inconfort général (irritation ou sensation d’être submergé) dans un environnement perçu comme bruyant, indépendamment de son intensité sonore ». Les personnes atteintes, par exemple, d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ou d’un trouble du spectre de l’autisme peuvent présenter une sensibilité au bruit ; toutefois, ces patients ne présentent pas nécessairement d’hyperacousie ni de perception anormalement élevée de l’intensité sonore (Bourez et al., 2025). 

L’hyperacousie peut être associée à certains troubles du neurodéveloppement tels que les troubles du spectre de l’autisme ((Williams et al., 2021),  le syndrome FOGXG1 ou le syndrome de Williams (Tyler et al., 2014). Elle peut également être observée dans le contexte de l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (Maeda et al., 2023), de la maladie de Ménière et de la maladie de Lyme (Pienkowski et al., 2014), à la suite d’un traumatisme crânien (Dikmen et al., 2010) — bien que dans ce cas certains patients présentent plutôt une sensibilité au bruit qu’une véritable hyperacousie (Henry et al., 2022) — ou encore en association avec des troubles temporo-mandibulaires (Pienkowski et al., 2014). 

Comme indiqué précédemment, certains patients atteints de ces affections pourraient en réalité présenter une sensibilité au bruit plutôt qu’une hyperacousie. En outre, ils ne semblent pas présenter la même susceptibilité aux rechutes (en anglais setback, voir plus loin) que les personnes atteintes d’hyperacousie d’intensité ou d’hyperacousie douloureuse (Henry et al., 2022). 

La cause de l’hyperacousie est le plus souvent une exposition au bruit (Tyler et al., 2014), mais elle peut également résulter d’une réaction à certains médicaments (Longenecker et al., 2021; Musumano et al., 2023; Jin et el., 2025)  ou être associée à certaines pathologies (Nazeri et al., 2024). 

L’hyperacousie d’intensité correspond à une forme d’hyperacousie dans laquelle des sons du quotidien d’intensité modérée sont perçus comme anormalement ou inconfortablement forts par rapport à la perception qu’en ont la plupart des individus (Tyler et al., 2014). 

Dans l’hyperacousie douloureuse, également appelée noxacousie (du latin noxa, « préjudice » ou « dommage », et du grec akousis, « entendre » ; Liu et al., 2015) ou nociception auditive (Flores et al., 2015), des sons ordinaires provoquent une douleur physique, décrite notamment comme une sensation de brûlure, de piqûre, de pulsation ou de pincement, pouvant affecter les oreilles, la gorge, le cou, le visage, la tête et parfois d’autres régions du corps (Jahn et al., 2025). 

De nombreux patients présentent également d’autres symptômes otologiques, tels qu’une sensation d’oreille pleine, une tension auriculaire, une sensation de battement ou de frémissement dans l’oreille, ainsi que des vertiges (Westcott et al., 2013; Noreña et al., 2018). Ces manifestations correspondent à ce que l’on appelle le syndrome du muscle tenseur du tympan. Une distorsion de la perception sonore (dysacousie) est également fréquemment rapportée chez les patients atteints d’hyperacousie. Par ailleurs, l’hyperacousie est souvent associée à des acouphènes (Jacquemin et al., 2022), à des acouphènes réactifs (acouphènes qui augmentent pendant ou après une exposition au bruit), à la diplacousie (perception d’un même son à des frequences differentes entre les deux oreilles) et à une perte auditive (Di Stadio et al., 2018). 
 
Des données préliminaires suggèrent l’existence d’un sous-type appelé hyperacousie somatique, dans lequel certaines manœuvres somatiques, par exemple des mouvements du cou ou de la mâchoire, peuvent moduler les symptomes (Demoen et al., 2023). Il n’est toutefois pas encore établi si ce phénomène concerne l’hyperacousie d’intensité, l’hyperacousie douloureuse ou les deux. 

Certaines personnes présentent des crises déclenchées par le bruit, appelées crises audiogènes fonctionnelles (Jacquemin et al., 2024).  Par ailleurs, l’hyperacousie est fréquemment associée à la neige visuelle (présence persistante de points scintillants dans le champ visuel), à une photosensibilité (Ke et al., 2020; Jahn et al., 2025), à la dysomie (altération ou distorsion de la perception des odeurs), à des troubles de l’équilibre (Ke et al., 2020), ainsi qu’aux migraines (Klein & Schankin, 2021). De manière anecdotique, certains patients signalent également un écoulement de liquide dans la gorge; ce phénomène n’a toutefois pas encore été formellement décrit dans la littérature scientifique. 

Certaines études ont mis en évidence une association entre les acouphènes et la neige visuelle (Renze, 2017; Klein & Schankin, 2021). À ce jour, cependant, aucune étude n’a établi de lien direct entre l’hyperacousie et la neige visuelle, bien que cette association ait été rapportée de manière anecdottique par des patients. Des observations similaires ont été rapportées concernant un lien possible entre l’hyperacousie et la dysacousie

Une caractéristique importante mais encore insuffisamment étudiée de l’hyperacousie d’intensité et de l’hyperacousie douloureuse est le risque d’aggravation des symptômes (“rechute” ou “setback”) à la suite d’une exposition à des sons déclencheurs. Ces sons peuvent être inoffensifs pour les personnes ayant une tolérance auditive normale et être inférieurs à 75 décibels (niveau généralement considéré comme le seuil minimal susceptible d’entraîner des lésions cochléaires) selon la gravité de l’état du patient. 

Ces aggravations ou rechutes peuvent durer plusieurs jours et, dans certains cas, entraîner une diminution durable de la tolérance aux sons ainsi qu’une intensification persistante des symptômes (Pollard, 2019 ; Williams et al., 2021). À notre connaissance, une telle sensibilité aux aggravations n’a pas été décrite chez les personnes présentant uniquement une sensibilité au bruit. Certains patients atteints d’hyperacousie rapportent également une tolérance réduite aux sons numériques ou électroniques (Jahn et al., 2025). 

La prévalence de l’hyperacousie demeure inconnue, car aucune étude n’a encore distingué de manière systématique les différents sous-types ni les degrés de sévérité. On sait toutefois que jusqu’à 93 % des patients atteints d’hyperacousie déclarent également souffrir d’acouphènes, tandis qu’environ 13 % des patients présentant des acouphènes rapportent une hyperacousie (Jacquemin et al., 2022). 

Références

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